La Révolution silencieuse s’inspire d’une histoire vraie particulièrement édifiante ; il nous plonge dans l’Allemagne de l’Est d’avant la construction du Mur, en adaptant un récit autobiographique de Dietrich Garstka, Das Schweigende Klassenzimmer.

En 1956, une classe de lycéens s’apprête à passer le bac. En apprenant que la violence fait rage chez leurs voisins hongrois, deux élèves convainquent l’ensemble de la classe de pratiquer une minute de silence en hommage aux révolutionnaires réprimés par l’armée soviétique lors du soulèvement de Budapest.

Un geste symbolique, mais qui devient une affaire d’Etat, dans ce contexte d’une crispation du régime, en pleine Guerre Froide, où tout libre-penseur ou supposé opposant devient un « ennemi du peuple » et est assimilé au fascisme ou au nazisme. Cette minute du silence eut des conséquences sur leurs vies qu’ils n’avaient pas imaginées…

C’est d’abord un film historique, même un film « nécessaire » qui a une portée didactique. Il est intéressant dans sa manière d'illustrer les déchirements de l'Allemagne d'après-guerre, et pour comprendre la bascule de l’Europe : il éclaire parfaitement comment a pu advenir la crise de Berlin et l’édification du Mur en 1961.

Aussi, le film démontre efficacement les effets de la manipulation de l’information (comme quoi on n’a pas attendu les réseaux sociaux et leurs fake news), en mettant en scène l’affrontement de deux propagandes : à l’Ouest, les actualités au cinéma présentent l’insurrection de Budapest comme un combat héroïque pour la liberté ! Tandis que l’organe officiel est-allemand, das Neues Deutschland, évoque un putsch contre-révolutionnaire fomenté par des provocateurs étrangers.

Le réalisateur révèle bien comment la politique répressive du régime communiste a anéanti les espoirs suscités par la construction d’une société socialiste. Les adolescents tentent de réinventer le monde, mais ils sont soumis à un processus terrible de harcèlement.

On pourra reprocher au film une part de manichéisme : les représentants du corps administratif sont austères et prêts à toutes les cruautés pour trouver le meneur de ce que l’Etat appelle une « contre-révolution ». De leur côté, les jeunes lycéens paraissent à l’inverse plus détachés et sincères.

C’est d’ailleurs grâce à eux qu’il serait dommage de réduire La Révolution silencieuse à sa seule dimension historique. C’est aussi le récit d’une éducation politique et sentimentale d’adolescents. Ces lycéens, auxquels on s’attache très vite, d’autant qu’ils sont très bien interprétés, se montrent héroïques. Ils ont le courage de leurs idéaux quel qu’en soit le prix et ils refusent de se laisser prendre aux manœuvres de division et de céder à l’individualisme. Lars Kraume propose ainsi une belle réflexion sur l’engagement et sur l’héritage du passé sur les enfants. Les adultes portent les stigmates du nazisme, autant physiques que psychologiques et morales.

Ce film se situe à la fois dans la veine de Good bye Lenin,  La vie des autres, La Chute, ou Barbara, des grands films allemands contemporains empreints de ce passé qui a du mal à se cicatriser, mais aussi de films plus « teen-movie » comme Le Cercle des poètes disparus.

La Révolution silencieuse est un très beau film sur la résistance à la dictature, la solidarité et l’amitié. L’histoire est extrêmement bien amenée, c’est captivant et poignant.

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