Chronique d’une amitié chaotique, The Climb a reçu le Prix du Jury au festival de Deauville et le Prix du jury Un certain regard à Cannes en 2020.

The Climb nous relate une amitié qui tourne au vinaigre dès la première scène, une scène d’ouverture grandiose, vouée à devenir culte. D’emblée, elle donne le ton sur la nature de la relation entre les protagonistes : deux amis américains roulent côte à côte à vélo sur les splendides et sinueuses routes françaises du col de Vence. Kyle est sur le point de se marier et vante sa petite amie, rêvant de finir sa vie avec elle. Mike, plus à l’aise à vélo, attend d’être au pied d’une côte pour révéler qu’il couche avec sa fiancée. Le trompé l’insulte, menace de le tuer, mais ne parvient pas à le rattraper…  

Le dispositif de mise en scène avec une caméra qui suit de près ou de loin les mouvements des personnages produit une séquence hilarante sur une situation pourtant terrible, annonçant le ton tragicomique du film.  

On suit ensuite les mésaventures des deux protagonistes pendant une quinzaine d’années.

Le film est très rythmé, parsemé d’ellipses, qui mettent en relief la force de leur amitié indéfectible et fusionnelle, tout en étant tourmentée. Découpé en sept chapitres, des fragments de vies se succèdent, filmés en plan-séquence, au gré de leurs brouilles et retrouvailles, séries de péripéties cocasses et piquantes : un dîner de Thanksgiving gâché, une querelle sur un lac glacé, une cérémonie de mariage perturbée …

Mike est maladroit, égocentrique et imprévisible, il sème la zizanie partout où il passe et sabote (malgré lui ?) les relations amoureuses de son ami. Kyle est accommodant, son bon cœur l’incline à tout pardonner.

The Climb repose sur ce duo d’acteurs épatant, brillamment burlesque : Kyle Marvin et Michael Angelo Covino, respectivement co-scénaristes et réalisateur du métrage ; un tandem corrosif à la Laurel et Hardy. Amis dans la vie, ils ont même gardé leurs prénoms pour leurs personnages. Ce premier film était au départ un court-métrage très réussi, sorte de sketch, gag dont le ressort comique repose sur un dialogue entre deux amis. A partir de cette situation bien mise en scène, concise et efficace, le réalisateur délivre une partition drôle et cruelle sur l’amitié, où le vélo unit, mais se fait aussi parabole de la souffrance, celle de grimper une côte, comme celle de surmonter les épreuves de la vie. Il illustre parfaitement comment certaines amitiés peuvent s'avérer toxiques mais vous poursuivent tout au long de votre vie.

Un point fort du film est qu’il mène à bout ses idées, même extravagantes, tout en maintenant une crédibilité raisonnable et évitant de verser dans la caricature. Mike nous rappelle le personnage joué par Michel Blanc dans Viens chez moi, j’habite chez une copine de Patrice Leconte. Il ose l’outrance, ne craint pas que le malaise s’empare du spectateur, et crée même une tension, une angoisse à l’attente de la prochaine catastrophe à venir…

Décapant, grinçant, ce film américain enlevé est un bijou de comédie amère et mélancolique.

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