Pour son tout premier film en tant que réalisateur et scénariste, Filippo Meneghetti réussit un grand et subtil mélodrame.

Nina et Madeleine, la soixantaine, s'aiment passionnément depuis des années. Mais face aux conventions sociales et à la pression familiale, elles doivent feindre des rapports cordiaux, faire mine d’être juste voisines et amies. Elles envisagent de tout quitter pour s’installer à Rome, mais leur vie prendra une autre tournure.

Cette douloureuse et sublime histoire d'amour entre deux femmes mûres est si puissante qu’elle en devient indicible, si ce n’est par le regard.

On est d’abord saisi par l’audace de la thématique abordée : si l’amour entre femmes est de plus en plus souvent traité au cinéma, peu de films envisagent l’intimité des seniors. Avec Deux, on ne peut s’empêcher de penser au film Amour de Haneke en 2012, qui abordait de front la question du couple à l’heure de la vieillesse. Deux  comporte d’importantes similitudes avec le film de Michael Haneke : huis clos dans l’appartement, thème de la maladie avec la question de la prise en charge, de l’implication des enfants… Mais si Amour baigne dans une atmosphère glaçante, Deux réussit le tour de force d’être un hymne à l’amour et à la vie, malgré la gravité du sujet. Il insiste sur la tendresse de la relation entre les deux femmes, et mêle une force et une pudeur bouleversantes : il place l'amour au centre de tout ; l’amour tel un besoin vital, dont l’âge n’atténue pas la flamme.

Magistralement interprété par Martine Chevallier, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, et Barbara Sukowa, la Lola du film éponyme de Fassbinder, deux comédiennes à la telle présence qu’elles nous subjuguent à chaque scène. L’actrice allemande campe un personnage qui refuse de se résigner. Envers et contre tout, elle se battra pour la dignité de celle qu’elle aime. On est emporté par sa force de caractère et la justesse de son combat.

Autre singularité remarquable, le réalisateur choisit un axe accrocheur pour dévoiler son intrigue : celui du thriller. En empruntant les codes du film noir, dans sa façon de filmer les corps, en osant les silences, en jouant d’une mise en scène qui conjugue l’instinct à l’esthétisme, en construisant un scénario haletant, il fait preuve d’un sens du suspense dramatique qui tient en haleine. Avec notamment une belle trouvaille : le palier de couloir séparant les deux appartements des deux amantes. L'occasion pour Filippo Meneghetti d'ouvrir et de fermer des portes sur un monde fermé et régi par ses secrets intimes. Les plans sont inventifs mais sans esbroufe : la subtilité de ce mélodrame est remarquable.

Ainsi, oscillant intelligemment entre drame amoureux, film intimiste et suspense, Deux exprime une sensibilité intense sans le moindre élan démonstratif : c’est juste, prenant et puissant.  

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