Ce film de Judith Davis, sorti en 2019, dresse le portrait saisissant et caustique d’une trentenaire révoltée qui se confronte à ses idéaux.   

Fille de militants de gauche, Angèle s’accroche aux idéaux parentaux et mène une vie de combat, se dressant contre les injustices, dans l’espoir de changer le monde. Avec son amie Léonor, la jeune femme s’emploie à ranimer la flamme humaniste issue des mouvements sociaux des années 1960, mais sans grand succès…

Le premier atout de Tout ce qu’il me reste de la révolution, est de mêler satire sociale et comédie. L’enthousiasme communicatif de notre héroïne, dont l’énergie et la justesse nous impressionnent, nous amuse et nous touche.  Elle dessine à loisir un doigt d’honneur qu’elle placarde sur les distributeurs de billets comme sur les publicités sexistes. Ça ne change pas la face du monde, mais ça fait du bien, avec la fougue de se sentir investi par de justes causes.

Les dialogues sont savoureux, comme lors de cette première scène de licenciement où Angèle raille les arguments de ses employeurs en les retournant avec talent contre eux, dans une colère toute jouissive.   

Sans tomber dans l’écueil du militantisme, du jugement, ni de la caricature ou des clichés, le film préfère s’attacher avec délicatesse à un portrait de femme qui peine à concilier engagements politiques et affectifs.

Le personnage de Saïd, interprété par l’excellent Malik Zidi, fait figure de révélateur de cette ambivalence : il met Angèle face à ses contradictions, son incapacité à conjuguer amour et convictions, à grand renfort d’arguments marxistes qui voudraient que la famille soit une valeur bourgeoise à bannir.

La famille est l’autre sujet central de ce beau premier film. L’absence de la mère explique la radicalité des propos d’Angèle et son incapacité à se projeter dans le couple. Les retrouvailles avec cette femme (sublime Mireille Perrier, l’actrice inoubliable de Boy Meets Girl de Leos Carax), marquent une rupture bien nette dans l’intrigue et changent toute la perception qu’Angèle avait de l’existence.

Judith Davis, derrière et devant la caméra, adapte ici le spectacle créé dix ans auparavant avec sa troupe, L’Avantage du doute.  De fait, le film s'en ressent, divisé en trois actes, comme au théâtre : si la première partie traite essentiellement de combats collectifs, la seconde introduit l’élément déclencheur qu’est la rencontre amoureuse, et la troisième se concentre sur les individus, leurs failles et les relations qu’ils entretiennent entre eux.  

Une mise en scène brillamment maîtrisée, une narration riche de sens, révélant à la fois humour et sensibilité, font de ce film une très belle surprise.  Avec une sincérité et une candeur désarmantes, il pose de vraies questions, essentielles, telles : comment vivre avec ses idéaux ? Comment s’engager à notre époque ? Comment vivre ensemble ? Comment digérer son héritage familial ?

Suprême atout, Judith Davis a l’élégance de traiter ces problématiques avec légèreté et énergie. Tout en réussissant à nous déstabiliser, elle fait en sorte que nous ne sachions plus si nous devons rire ou pleurer.  Réussir à allier des moments drôles et d’autres poignants est l’apanage des grands films !

Tout ce qu’il me reste de la Révolution est une première œuvre qui ose être singulière, émouvante et enthousiasmante !

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