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Un livre, une histoire : numéro d'octobre 2017

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Zoom© la bataille de la Somme

La bataille de la Somme

Peu de régions françaises comptent autant de champs de bataille que la Picardie. Cet honneur peu enviable découle de sa situation sur la route traditionnelle des invasions qui empruntent le seuil de Bapaume pour atteindre Paris. Après la victoire de la Marne, son importance stratégique s’amplifie avec la certitude d’une guerre longue, au cours de laquelle la France aura de plus en plus besoin de l’appui britannique. Principale offensive menée par l’armée britannique sur le front ouest en 1916, la « bataille de la Somme » voit le premier engagement massif des volontaires de la « Nouvelle armée », créée par Lord Kitchener, secrétaire d’État à la Guerre, trois semaines après la mort de celui-ci lors du naufrage du navire qui le conduisait en Russie.

L’attaque doit se produire sur un large front – plus de 20 km –, entre Serre (Pas-de-Calais) et Maricourt, au sud, sur la rive droite de la Somme ; en outre, une attaque de diversion a été programmée, le premier jour, sur les lignes allemandes à Gommecourt, à 4 km au nord de Serre. Lancée conjointement avec une attaque française au sud de la Somme, cette offensive doit permettre, tout d’abord, d’établir une nouvelle position sur les hauteurs tenues par les Allemands, puis, ensuite, de réaliser une percée majeure. Les Allemands comptent bien, pour leur part, couper la voie ferrée Calais-Abbeville-Amiens-Paris qui assure l’approvisionnement en hommes et en matériel de leurs adversaires.

L’attaque d’infanterie est précédée d’une préparation d’artillerie d’une semaine, culminant juste avant la sortie des lignes et synchronisée avec l’explosion de plusieurs mines gigantesques. À 7h30, le 1er juillet 1916, les fantassins britanniques sortent des tranchées et, disposés en ligne, entreprennent de traverser le no man's land à un rythme lent et régulier. Ils sont rapidement exposés au déchaînement des mitrailleuses et des fusils des Allemands qui ont survécu au bombardement ; l’artillerie allemande, guidée avec précision, entreprend de frapper les tranchées de regroupement où sont massés les soldats qui attendent de monter à l’assaut. Les pertes sont énormes.

Durant la première journée de l’offensive, les Britanniques s’emparent des lignes ennemies en plusieurs points. Mais ils sont exposés à l’artillerie adverse, alors que les renforts allemands affluent. Des contre-attaques contraignent les Britanniques à se retirer de certains secteurs conquis au cours des jours précédents. Les résultats initiaux de l’offensive ont été meilleurs dans la partie sud du front britannique, grâce à l’efficacité de l’attaque française déclenchée au sud de la Somme ; mais, là aussi, l’enlisement survient rapidement. Malgré les victoires de Bouchavesnes et de Combles-Thiepval, en septembre, les troupes alliées ne parviennent pas à rompre cette paralysie du front. Déclenchée par les Alliés alors même que la lutte sous Verdun restait indécise, la bataille de la Somme n’en fut pas moins acharnée, terriblement meurtrière et tout aussi vaine que celle de la Meuse.

En cette année du centenaire de cette bataille, achevée le 21 novembre 1916, l’évènement et ses conséquences restent l’objet de controverses. Par exemple, nous ne savons pas avec certitude le nombre de morts, de blessés et de disparus. Il est certain que des générations de jeunes hommes ont été décimées. Cet engagement militaire est encore dans toutes les mémoires britanniques : il marque l’engagement maximal du Royaume-Uni dans une guerre européenne ; de plus, ce combat mobilise pour la première fois une armée issue de la nation, constituée de volontaires, puis de conscrits, tous très différents des soldats de métier de l’Ancienne Armée.

La méthode offensive préconisée par Joffre, appliquée par Foch et, avec plus d’hésitation, par Haig, a ébranlé le front allemand sans le rompre pour autant. Jusqu’au bout, la résistance germanique est forte et le sort de la guerre sur le front occidental demeure aussi incertain qu’avant.

Comme à Verdun, la bataille d’usure vers laquelle la grande poussée initiale avait rapidement dérivé, avait montré l’efficacité des positions retranchées, vu l’impossibilité d’acheminer assez de matériel et de munitions aux troupes qui avançaient. En revanche, celles qui se repliaient, pouvaient retourner à leur base et se renforcer.

En ce mois de novembre 1916, dans chacun des camps, la foi en la victoire chancelle. À l’optimisme fait place, non point la démoralisation, mais une morne résignation, un fatalisme teinté de nostalgie. Pourtant, les troupes allemandes furent à plusieurs reprises au bord de l’effondrement, de l’aveu même de leurs généraux. Cet effondrement se serait peut-être produit si les tanks n’avaient pas été engagés prématurément et en trop petit nombre.

FREDERIC PRINGARBE

Pour en savoir plus : André LAURENT : La bataille de la Somme, Amiens, Martelle, 1996, 127 p.

Bibliothèque Saint-Corneille, section Cellier, LOC M 576