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Un livre, une histoire : numéro de mars 2014

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« Les chevaliers de l’air », héros de la Grande guerre

L’auteur de cet ouvrage, paru en 1920, est René de Chavagnes, dont le patronyme est Ludovic JEAN (dit René Picard-Chavagnes). Ce journaliste fut député Républicain socialiste du 11 mai 1924 au 31 mai 1928. Sa circonscription était dans le Loir-et-Cher. Dédié à Roland Garros, aviateur français émérite, « De Guynemer à Fonck » est une œuvre de guerre. Nous y suivons la lente formation des Escadrilles, les tâtonnements des premières entreprises en 1915.

Nous y voyons ensuite l’essor, les triomphes, les deuils. Les figures héroïques et juvéniles surgissent de ces pages comme des silhouettes familières.

C’est par exemple Védrines dont l’audace et l’adresse font de lui un formateur idéal. Et voici Guynemer, son élève, l’adolescent généreux et intrépide : quand il attaque, c’est le faucon qui fond sur sa proie après l’avoir surplombée et enveloppée de ses orbes. Lui et Heurtaux sont « les chevaliers de l’air » (expression créée par le biographe Henry Bordeaux). Et Roland Garros, à qui est dédié ce livre, n’est pas le moindre symbole de vertu guerrière. Il applique au combat son audace méthodique, sa maîtrise impeccable dans l’action. De plus, il perfectionne sans cesse ses moyens de combat jusqu’au jour où il réalise cette prouesse alors inédite : le tir à travers l’hélice. Roland Garros mènera jusqu’au dernier souffle la guerre aérienne, ne voulant pas abandonner ses camarades dans la lutte contre l’ennemi.

Et voici enfin un champion des duels aériens, et non des moindres : le lieutenant Fonck. Il fond droit sur l’ennemi qu’il aborde par en-dessous dans l’angle mort de son arme, attaque terrifiante et implacable mais où la moindre faute est mortelle. Entre une telle tactique et celle de Guynemer, « la différence est la même qu’entre une escrime serrée au fleuret et l’escrime au sabre ». La méthode de Fonck lui a permis d’établir le record des victoires aériennes : 120 avions abattus dont 75 homologués !

Les Cigognes de guerre, messagères de justice et de liberté, de leur vol rapide et puissant, vinrent décidément « enchanter notre ciel ». Le doyen de la Faculté de Nancy exprime en ces mots le sentiment de nombreux Français après l’armistice de 1918. Les Cigognes, d’abord réunies en une seule escadrille, en formèrent plus tard quatre : et c’est à l’initiative de leur chef, le capitaine Brocard, qu’elles durent cette appellation, honorée si brillamment. Le symbole de la Cigogne libératrice, emprunté à une tradition rhénane, était conforme au rôle et aux espoirs de nos plus valeureux pilotes de chasse.

Frédéric PRINGARBE

Pour en savoir plus :
RenédeChavagnes, L’Aviation de chasse. Le groupe des Cigognes. De Guynemer à Fonck, Paris, 1920, BibliothèqueSaint-Corneille, MagasinChapître, 1776.