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Un livre, une histoire : numéro de juin 2016

Cadre

Zoom© Collection Jean-Baptiste Leroux, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Baptiste Leroux

Le théâtre Louis-Philippe du Palais de Compiègne

Sous Napoléon III, on construisit le Théâtre neuf. Le 26 février 1867 le Conseil Municipal autorisait l'établissement d'un pont traversant la rue d'Ulm pour relier le Palais au Théâtre dont la construction fut commencée en mai suivant. Les travaux de maçonnerie avaient été confiés sous la direction de l'architecte Ancelet à M. Billet entrepreneur des travaux du Palais de Saint-Cloud, moyennant 541.000 F. Les terrassements avaient été faits par l'entrepreneur Moreau. Les travaux intérieurs furent interrompus en 1870 et sont restés inachevés. En 1950, on a envisagé leur reprise et la mise du Théâtre à la disposition de la Ville.

Le Théâtre neuf, devenu théâtre impérial, était destiné à remplacer le petit théâtre, aménagé en 1832 de l'autre côté de la rue, près de la Porte Chapelle, lors du mariage du Roi des Belges, Léopold 1er, avec la princesse Louise d'Orléans, fille de Louis-Philippe. Ce théâtre de cour a été aménagé par l’architecte Frédéric Nepveu en 1832, en quelques semaines à l’emplacement de l’ancien jeu de paume, pour le mariage de la fille de Louis-Philippe, Louise d’Orléans, avec Léopold Ier, roi des Belges. Pressé par le temps et par la volonté de stricte économie de Louis Philippe, Nepveu se contentera d’un aménagement utilitaire, dans lequel les préoccupations esthétiques et techniques seront reléguées au second plan. Le paradoxe sera qu’il réussisse, dans ces conditions, à faire œuvre originale, et à doter Compiègne du théâtre inséparable aujourd’hui de l’ensemble du Palais.

Avant d’aborder la transformation du jeu de paume de Louis XV en théâtre, en 1832, il n’est pas superflu de rappeler le contexte des travaux. L’attribution du trône au duc d’Orléans, Louis-Philippe, n’a pas calmé les esprits sur le plan politique. L’opposition ne désarme guère après la Révolution de Juillet ; légitimistes et républicains provoquent des troubles répétés. Les plus violents vont éclater au moment de la mise en place du cadre institutionnel du nouveau régime, en 1831 et 1832. Les insurrections de Lyon puis de Paris, avant l’équipée tragi-comique de la duchesse de Berry, sont contemporaines du vote difficile de la Liste civile, véritable revenu royal consacré par les lois des 2 mai 1831 et 2 mars 1832. C’est aussi l’époque d’une terrible épidémie de choléra qui décime Paris.

Inauguré le 10 août 1832, lors des cérémonies de ce mariage où l’Opéra-Comique donne Picaros et Diego et Le Prisonnier ou La Ressemblance, le théâtre Louis-Philippe n’est définitivement terminé qu’en 1835. Nepveu a fait appel à Luc-Charles Cicéri pour la réalisation des décors de scène et du manteau d’Arlequin et au décorateur Dubois pour ceux de la salle.

À l’époque de Louis-Philippe, on joue essentiellement deux œuvres, soit un opéra et un ballet soit deux opéras-comiques, tandis que sous le règne de Napoléon III, entre 1852 et 1859 lors des Séries, le répertoire suit la nouvelle mode et se compose de comédies de mœurs, des créations récentes, en trois actes interprétées par les troupes de la Comédie-Française, de l’Odéon ou du Vaudeville.

Après la chute de l’Empire, le théâtre ne va plus connaître qu’une utilisation épisodique, notamment lors du séjour à Compiègne du tsar Nicolas II en septembre 190I. De par son voisinage, se trouvait presque une dépendance du Château. Le jeu de paume du Château s'y trouvait vis-à-vis de l'ancienne chapelle du Collège. Par la suite, il fut reporté plus loin. M. Arthur Bazin a rappelé que « pendant le règne de Louis XV les tables du Château étaient servies avec une telle profusion que leur desserte, cédée à bas prix par les officiers de bouche à des revendeurs, suffisait pour nourrir, pendant le séjour du roi, une grande partie des habitants de Compiègne. Des marchands de comestibles, établis entre la Porte-Chapelle et le Manège (aujourd'hui le Petit Théâtre) exposaient en vente des pièces de gibier, des morceaux de venaison, des restes, de ragoûts et de potages...».

N’ayant fait l’objet d’aucune restauration au XXe siècle, le Petit Théâtre conserve, en état de marche, sa traditionnelle machinerie en bois permettant des changements à vue des décors, toujours en place ; son grand lustre central, équipé de lampes Carcel, offre la possibilité de restituer le même éclairage qu’au second Empire. Cette salle de spectacle qui est un exemple unique de théâtre de cour des années 1830, est aujourd’hui la seule à assurer la transition entre les salles palatines du XVIIIe siècle et les théâtres de l’époque Napoléon III.

FREDERIC PRINGARBE

Pour en savoir plus : Thierry G. Boucher (avec Brigitte Labat et Nicole Wild) : Le petit théâtre du château de Compiègne, Paris, Bonneton, 2000, 129 p.
Bibliothèque Saint-Corneille, section Cellier, LOC M 575 (et Fonds local en accès libre)