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Un livre, une histoire : numéro de juin 2014

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Les anciens moulins de Compiègne et de sa région

Dans sa courte monographie intitulée Les anciens moulins de Compiègne et de ses environs, Pierre Deharveng, quelque temps vice-président de la Société Historique de Compiègne, exploite la documentation amassée par Jean Antoine François Léré. Né à Compiègne en 1761, Léré, marchand de draps, premier adjoint au maire à plusieurs reprises, est surtout connu par ses trente-quatre recueils manuscrits de notes diverses, d’une valeur documentaire rare, formant avec quelques autres manuscrits un fonds très original de la bibliothèque Saint-Corneille.

Pierre Deharveng établit une recension descriptive des neuf moulins à vent reconnus à Compiègne dont deux seulement subsisteront au dix-neuvième siècle ; il relève aussi les vestiges de moulins à eau sur l’Oise. Aux environs, d’autres moulins sont signalés, à vent mais aussi, innombrables, le long des cours d’eau. L’histoire des moulins est à la fois technique, économique et culturelle. Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les modes de vie mais aussi les paysages qui ont changé depuis la disparition des moulins à vent, à partir du milieu du dix-neuvième siècle.

Monsieur Deharveng organise son propos en deux temps : d’abord, il se propose de partir à la recherche des petits moulins qui existaient au siècle de Léré dans notre région. Dans la seconde partie, qui forme l’essentiel de son propos, il revient ensuite, dans les pas de Léré, à Compiègne même où il y eut un certain nombre de ces machines, utilisées jusqu’à ce que les progrès techniques ne les rendent obsolètes : du vivant de Léré, l’arrondissement de Compiègne comptait encore 218 moulins.

Il faut reconnaître le caractère lacunaire de la documentation concernant les moulins : Léré n’a pas tout vu et n’a pas tout dit. Quand il trouvait des moulins, il s’intéressait à eux, s’informait, faisait des dessins. Mais ses manuscrits s’intitulent Sources et fontaines ou Géognosie de l’Oise. C’était cela qu’il étudiait d’abord. Et il n’est pas allé partout. Cependant, il nous communique des renseignements précieux sur les lieux qu’il a visités et sur les moulins qu’il a vus. On ne peut ici les nommer tous. Sachons simplement que Léré a parcouru la vallée de l’Automne, observé les collines situées au nord de Compiègne et dans les environs de Noyon.

Dans la vallée de l’Automne, Léré veut étudier les ruisseaux et les étangs. Mais il nous donne d’autres renseignements très précieux : il nous apprend à quel travail était destiné chacun de ces moulins. Trente d’entre eux sont des moulins à blé. Dix autres sont ce que Léré appelle des « tordouets » : ce sont des moulins à huile où l’on broyait les faînes, le chènevis, le colza. Il y avait un moulin à chanvre à Béthisy-Saint-Pierre et un autre à Béthisy-Saint-Martin. À Saintines, Monsieur Morel possédait un moulin à papier.

Au cours de ses promenades, Léré pouvait recueillir quelques données historiques. Ainsi, d’après lui, le moulin de Pondron appartenait en 1184 à Mathieu, comte de Beaumont. Avant de quitter la vallée de l’Automne, Léré est monté sur la tour de Vez et, de là, il a vu 3 moulins à vent : ceux de Largny, Coyolles et Villers-Cotterêts.

Léré s’intéressait aussi aux environs immédiats de Compiègne. Il avait trouvé un observatoire de choix dans le clocher de l’Hôtel de Ville, d’où il pouvait voir de nombreux moulins. Il les nomme ou les dessine mais n’en dit pas grand-chose. Parmi les moulins évoqués ou représentés, on trouve ceux de Ressons, Villers-sur-Coudun, Giraumont, Jaux, Jonquières et bien d’autres encore.

Léré s’est aussi intéressé aux 7 vieux moulins à vent disparus au moment où il écrit. En faisant le tour des remparts de Compiègne, il est possible d’en situer 4. Leur histoire est liée à l’étude des anciennes fortifications : nécessaires à la vie de la cité, ces moulins devaient être placés à l’intérieur des murs, à l’abri d’éventuels sièges.

Léré nous donne sur les moulins à vent des renseignements nombreux et assez sûrs. Il semble beaucoup moins bien connaître l’histoire des moulins à eau de la ville. Il nous relate, toutefois, la disparition du moulin à eau de Coquerel et lui consacre un dessin. Il semble, à la lecture des manuscrits de Léré, qu’il y aurait eu deux moulins portant ce nom. Avec Pierre Deharveng, nous pouvons nous interroger : l’un d’eux était-il le reflet de l’autre ?

Quoi qu’il en soit, à Compiègne comme ailleurs, les moulins ont presque disparu, cédant au progrès technique. Nous avons maintenant des établissements industriels qu’on appelle souvent des minoteries. Pierre Deharveng nous rappelle l’origine méridionale de ce mot. En effet, les établissements qui exportaient des farines vers les colonies ou les pays chauds les préservaient de la fermentation en les passant à l’étuve et les logeaient dans des « minots » ou barils de contenance variable. Les moulins, en d’autres temps humbles serviteurs du progrès, sont encore bien présents dans nos mémoires et dans notre vocabulaire actuel.

Frédéric PRINGARBE

Pour en savoir plus : Les anciens moulins de Compiègne et de ses environs, Pierre Deharveng, Compiègne, SHC, 1991, Petites monographies illustrées de la SHC,  Cellier, LOC Broch G 265 (ou LOC Broch G 380).