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Un livre, une histoire : numéro d'août 2017

Cadre

La princesse de Condé, une princesse mésestimée.

Claire-Clémence de Maillé descend de la famille de Maillé ; elle est la fille d'Urbain de Maillé, marquis de Brézé et de Nicole du Plessis de Richelieu. Son frère ainé, Jean Armand (1619-1646), grand maître de la navigation, est tué à 27 ans à la bataille d'Orbitello. Elle fut fiancée à cinq ans par son oncle, le cardinal de Richelieu, à celui qui devint le grand Condé. En 1640 le prince de Condé, Henri II, demande la main de la jeune fille pour son fils aîné. S’étant rebellé contre le pouvoir royal sous la minorité de Louis XIII, le prince espère ainsi rentrer en grâce. Sous prétexte d'éducation, Claire-Clémence fut enlevée à sa famille et confiée à Mme Boutillier, femme du surintendant, qui lui donna une instruction médiocre.

L'union de sa nièce, demoiselle noble mais non de famille royale, avec un prince du sang permettait au cardinal de caresser l'espoir de placer un membre de sa famille sur le trône de France. D'une part, après 20 ans de mariage, l'union du roi Louis XIII et la reine Anne était restée stérile. La discorde des époux royaux était patente et attisée par le cardinal. D'autre part le frère du roi, veuf, n'avait qu'une fille qui ne pouvait monter sur le trône. Il avait épousé en secondes noces la princesse Marguerite de Lorraine mais sans l'autorisation du roi. Le cardinal poussait le roi à ne pas reconnaître la validité du mariage et les époux vécurent longtemps séparés ; le prince vivant en France et la princesse étant réfugiée aux Pays-Bas espagnols. Le couple ne pouvait espérer une descendance. L'ambitieux cardinal pouvait légitimement penser que le trône reviendrait un jour au futur Louis II de Condé et que sa nièce serait un jour reine de France. Cependant, entre l'époque des fiançailles et le mariage du prince de Condé, le roi avait eu deux fils. Sa santé et celle du cardinal commençait à décliner. Le cardinal mourut l'année suivante, demandant au roi de confier le gouvernement du royaume au cardinal Mazarin. Le roi suivit ce conseil avant de mourir à son tour après avoir permis à sa belle-sœur de rejoindre la cour.

Le 4 décembre 1642, le cardinal de Richelieu décède, faisant perdre à Claire Clémence son principal appui. Lorsque le testament est ouvert, la jeune fille apprend qu’elle et son frère aîné n’héritent de rien, tandis que ses autres neveux et nièces sont richement pourvus. Les Maillé-Brézé contestent alors le testament devant le Parlement qui leur donne raison: la duchesse d’Aiguillon se voit contrainte de restituer 400.000 livres, ce qui la brouille avec sa jeune cousine. Au sein de la famille des Condé, il est désormais question de l’éventuel renvoi de Claire Clémence et d’un projet de mariage entre le duc d’Enghien et Marthe du Vigean. Alors que la jeune fille craint de voir son union annulée, elle se découvre enceinte. Le 14 mai1643, le roi Louis XIII décède. Le 19 du même mois, le duc d’Enghien remporte une grande victoire à la bataille de Rocroi et comme une brillante carrière militaire. Le 29 juillet, Claire Clémence met au monde un fils, prénommé Henri-Jules et titré duc d’Albret. Cette naissance vient renforcer sa position au sein d’une famille où elle n’est pas désirée. Quant à Marthe de Vigean, elle finit par prendre le voile au Carmélites à Paris, en 1645. Cela n’empêcha nullement le duc d’Enghien de courtiser l’une de ses cousines, Isabelle Angélique de Montmorency-Bouteville, épouse du duc de Châtillon. Le 11 mai 1646, la princesse de Condé perd son frère, Jules Armand de Maillé, tué en mer à l’âge de 27 ans. Le 26 décembre, c’est le prince de Condé qui décède. Avec la disparition de son beau-père, Claire Clémence perd son dernier soutien. Son époux est désormais le chef de la Maison des Condé sous le nom de Louis II et prend le titre de «Monsieur le Prince» tandis qu’elle même devient «Madame la Princesse».

Sous la Fronde, les Condé se divisent: au grand dam de leur mère, Charlotte-Marguerite, Mme de Longueville et le prince de Conti (frère cadet de Louis II), passent du côté des Frondeurs. En 1649, contrairement à la promesse de la reine, le duché de Normandie est refusé à Louis II. Le prince de Condé, qui espérait ce titre en récompense de ses services rendus à la couronne, part alors en guerre contre le cardinal de Mazarin. Le 18 janvier 1650, l’époux de Claire-Clémence est arrêté avec son frère Conti et son beau-frère, le duc de Longueville. La princesse de Condé et sa belle-mère sont exilées à Chantilly où Charlotte de Montmorency ne cesse d’écrire à la reine pour défendre ses fils tandis que Claire-Clémence se consacre à l’éducation de son enfant. Dans le même temps, la princesse de Condé perd son père, qui décède le 13 février. Claire Clémence n’a désormais plus d’autre famille que celle de son époux. Afin de le faire libérer, elle parvient à fuir Chantilly pour Montrond, forteresse appartenant à Louis II. De là, la princesse rassemble ses partisans et soulève toute la noblesse de province. Pendant que le fidèle intendant des Condé, Pierre Lenet, parcourt la France et l'Espagne, et met Montrond en état de soutenir un siège en règle qu'il faudra plus d'une année à l'armée française pour faire lever, Claire-Clémence rassemble autour d'elle ses affidés, leur offre à Milly des fêtes splendides à la faveur desquelles tous les chefs de la Fronde organisent la résistance. Toute la noblesse de la province s'était jointe à elle. Tenant tête à la reine et à Mazarin, Claire-Clémence s’illustre par sa bravoure et son courage, allant jusqu’à se présenter devant le Parlement pour exposer sa requête: la libération de son mari. Devant les protestations générales en faveur de la libération des princes, le cardinal Mazarin n’a d’autre choix que de les relâcher et de quitter Paris en 1651. Le Parlement innocente les princes et Claire-Clémence se soumet à sa souveraine, qui lui pardonne son comportement rebelle.

Si le prince de Condé rend tout d’abord grâce à son épouse pour tous les efforts qu’elle a fournis pour le faire libérer et pour ses marques d’affection, il ne tarde pas à prendre ombrage des actions de Claire-Clémence et du courage qu’elle a montré. Au sein du couple, une tension s’installe d’autant que Louis II décide, à peine libéré, de prendre la tête de la «Fronde des princes» maintenant que Louis XIV a atteint sa majorité. Claire-Clémence ne comprend pas l’acharnement de son mari qui lui ordonne de ne pas intervenir, les femmes n’ayant pas à se mêler de politique. C’est bien vite oublier tout ce que son épouse a fait pour lui. C’est dans ce climat pesant que la princesse de Condé met au monde un second fils le 20 septembre 1652 : Louis, duc de Bourbon. Malheureusement, le petit prince s’éteindra en avril 1653. Cette année-là, le prince de Condé s’engage au service de l’Espagne. Trahissant une nouvelle fois la France, il se réfugie en Flandres avec Claire-Clémence et le petit duc d’Enghien. Le 12 novembre 1656, la princesse de Condé met au monde une fille, Mademoiselle de Bourbon. Avec la paix des Pyrénées, signée entre l’Espagne et la France en novembre 1659, les Condé peuvent réapparaître de nouveau à la cour, après s’être soumis au roi qui leur pardonne les actions faites contre la France. Louis II recouvre ainsi l’ensemble de ses privilèges et de ses possessions. Cependant, son mépris pour son épouse est toujours aussi vif et le prince semble avoir totalement occulté les marques d’amour et de dévouement que Claire-Clémence lui a montré par le passé. Le prince de Condé se sent toujours victime d’un mariage humiliant et le fait ressentir à sa femme cruellement. En septembre 1660, Claire-Clémence perd sa fille, qui n’avait pas reçu de prénom. Elle trouve du réconfort auprès de la nouvelle reine, Marie-Thérèse d’Autriche, qu’elle accompagne dans ses dévotions. En décembre 1663, le duc d’Enghien, qui a alors 20 ans, épouse la princesse Anne de Bavière. Claire-Clémence n’a pas été consultée pour le choix de la future femme de son fils ; or, elle aurait préféré une union avec Elisabeth Marguerite d’Orléans, fille de Monsieur, ce qui aurait rapproché les Condé et les Orléans. Néanmoins, Claire-Clémence accueille chaleureusement sa bru, une jeune fille de 15 ans pieuse et effacée.

En 1671, alors que les époux s’évitent le plus possible, Claire-Clémence est accidentellement blessée à l’arme blanche dans sa chambre, par l’un de ses valets, Nicolas Duval. Dès qu’il apprend la nouvelle, Louis II accuse son épouse d’adultère, Duval n’ayant rien à faire dans la chambre de sa femme ! On prétend alors que la blessure à l’arme blanche, a pu être la conséquence d’une querelle amoureuse ! Bien que Claire-Clémence nie avoir été infidèle à son mari, le prince de Condé obtient du roi qu’elle soit enfermée à Châteauroux pour étouffer le scandale. Au fil des années, le prince de Condé soutient que cette détention doit être maintenue à cause de la prétendue folie de son épouse. En effet, sa mère, Nicole du Plessis, souffrait de troubles d’esprit incurables (conséquences, disait-on, des infidélités de son époux). Le cardinal de Richelieu aurait lui-même été en proie à de rares crises nerveuses. Nicole du Plessis était d’ailleurs morte au cours d’une crise de démence. Sans doute, le prince de Condé avait-il en horreur cette tare, d’autant qu’il apparût bientôt que son fils et celui de Claire-Clémence, Henri Jules en avait hérité. Le 11 décembre 1686, Louis II de Bourbon-Condé décède. Pour respecter les vœux de son père, le duc d’Enghien, nouveau prince de Condé, maintient sa mère enfermée. Claire-Clémence n’apprendra jamais la mort de son époux. Elle s’éteint à Châteauroux le 16 avril 1694, à l’âge de 66 ans, après vingt-quatre années de détention. Déjà oubliée de la Cour, la princesse n’aura pas droit à une oraison funèbre. Elle sera inhumée dans la chapelle Saint-Sébastien après avoir connue un destin semblable à celui de sa mère.

FREDERIC PRINGARBE

Pour en savoir plus :
Charles ASSELINEAU : Vie de Claire-Clémence de Maillé-Brézé, princesse de Condé, Paris, L. Techener, 1872, 125 p.

Bibliothèque Saint-Corneille, section Cellier, MOU 1529