Confinement ne veut pas dire ennui ! Nous vous proposons donc de vous divertir autour d’une bonne partie de Cluedo, une énigme policière en quasi huis clos, avec Daniel Craig comme partenaire, ça vous dit ?

Harlan Thrombey, auteur de romans policiers à succès, est retrouvé mort dans sa somptueuse demeure, alors qu’il venait de fêter son quatre-vingt cinquième anniversaire.

Benoit Blanc, détective privé de renom, entre en piste pour élucider cette affaire : suicide ? meurtre ? Il sera assisté par Marta, l’infirmière attitrée du défunt, considérée comme un membre de la famille. Elle a l’avantage de bien connaître chacun, et possède un talent unique, à la fois malédiction et don surprenant : l’incapacité de mentir...

Toute sa famille étant réunie dans la demeure, c’est le décor parfait pour un mystère. Comme dans Le Crime de l’Orient Express, tous cachent un secret et détiendraient un bon mobile pour vouloir la mort du patriarche… Benoît Blanc va interroger tout le monde, découvrir les grands mensonges et les petites querelles internes de la famille. Lui-même d'ailleurs est entouré de mystère : qui est donc le commanditaire anonyme qui l’a engagé ?

7 ans après Looper et deux ans après Star Wars épisode 8 : les derniers Jedi, Rian Johnson change de registre et propose un non moins divertissant et réjouissant policier d’apparence classique façon Agatha Christie, suivant le principe du « whodunit » : une mécanique bien huilée issue de la littérature, avec une intrigue criminelle autour d’un meurtre qui a été commis, un coupable à dénicher parmi les personnages, tous ou presque suspects.

Le réalisateur et scénariste met en place tous les ingrédients d’un policier sous le mode ludique. Porté par une mise en scène astucieuse et toute en élégance, le scénario, très malin, combine à un rythme haletant rebondissements, fausses pistes, énigme dans l'énigme, tour de passe-passe, manipulations et faux-semblants, flashbacks éclairant les situations sous un nouveau jour … Le détective élabore des hypothèses, le spectateur tout autant, avec l’impression de participer à l’enquête. Les pièces du puzzle sont révélées petit à petit, pour notre plus grand plaisir de découverte et d’élucidation.

A couteaux tirés multiplie les hommages à d’autres maîtres du genre, Hitchcock,  Agatha Christie notamment, mais aussi à la culture populaire avec Columbo et Arabesque. Sa plus grande influence, cependant, est celle du Limier (1972), avec Michael Caine et Laurence Olivier : la « demeure ancestrale » des Thrombeys s’inspire ouvertement de la maison du film de Joseph L. Mankiewicz. D’une façon nettement similaire, Johnson place une révélation majeure en plein milieu du film puis en parsème dans la seconde moitié, maintenant la tension jusqu’à son dénouement.

Et au-delà du suspense accrocheur, l’histoire dresse des portraits truculents, égrainant tous les clichés attenants à la famille bourgeoise : l’ambitieux, le jaloux, le favori, le lésé… Une belle panoplie de personnages types, subtilement présentés, qui permet au film de rester palpitant jusqu’au bout, tandis que les masques tombent au fur et à mesure des nombreuses surprises.  

Le plus ? Un casting prestigieux, de Don Johnson à Jamie Lee Curtis en passant par Michael Shannon et Chris Evans, tous y vont de leur numéro d’acteur éblouissant. Daniel Craig est incroyable dans ce rôle de détective inspiré d’Hercule Poirot, qu’il investit avec aplomb et panache et joue avec un plaisir communicatif. Il est d’autant plus drôle, qu’il emploie à nouveau l‘accent traînant du sud des Etats-Unis, qu’il avait utilisé dans le génial Logan Lucky de Steven Soderberg. Avec sa belle décontraction, il se fait naturellement complice du spectateur, pas dupe et perspicace : on comprendra qu’il ne faut rien prendre pour acquis dans ce savoureux jeu d’enquête.

Sa partenaire, l’excellente Ana de Amas, vue dans Blade Runner 2049, interprète l’infirmière et insuffle un charme captivant au récit. Obligés de travailler ensemble pour trouver le coupable, leur relation est d’autant plus plaisante qu’on ne sait jamais si Benoit Blanc la soupçonne ou l’apprécie tout simplement. Ce personnage est d’ailleurs intéressant à maints égards : Marta est immigrée équatorienne, ce qui permet au scénario de placer en sous-texte une charge contre les travers sociaux de l'Amérique d'aujourd'hui : migrants, différences de classes, racisme… La critique apparaît aiguisée et habilement amenée : tous les membres du « clan » sont persuadés que leur statut (et l’argent qui en découle) leur revient de droit. Peu importe le coupable, tous ne pensent qu'à l'héritage. Déjà, les romans d'Agatha Christie en disaient long sur la société britannique de l'époque…

Comédie grinçante, donc, et recette simple, certes, mais qui demande une maîtrise impeccable, que Rian Johnson délivre avec inventivité et une bonne dose d’humour. Le réalisateur tricote un jeu de piste puissant et jubilatoire, et en fait un bijou de comédie noire, remarquablement affûtée !  

Une suite serait envisagée, on trépigne d’impatience pour une seconde partie !

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