Pour bien inaugurer cette nouvelle année, rien de tel qu’une bonne comédie, génialement pétillante et hilarante, sortie sur nos écrans en octobre 2018.   

 

Le ton est donné dès la séquence d'ouverture qui parodie les films d'action policiers : une scène survoltée, tonitruante et cartoonesque, où un super-flic joué par Vincent Elbaz (et le terme est idoine, tellement l’’acteur s’amuse comme un petit fou) vient à bout d’une seule main d’un gang de narcotrafiquants. La bagarre est incroyable… et contre toute attente, totalement fictive : c’est l’histoire que raconte Yvonne chaque soir à son garçon, narrant avec moult arrangements les exploits de son papa.

Dans ces extraordinaires aventures, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations. De fait, ce héros était réellement un policier d'exception mort en service, dont la veuve, policière également, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant.

Mais c'est au hasard d’un interrogatoire qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son mari, qui s’avère un ripou de la pire espèce. Elle décide de réparer les méfaits de son compagnon défunt et entreprend de secourir sa principale victime, ­injustement incarcérée pour dissimuler une escroquerie à l’assurance. Ce dernier sort justement de prison, animé d’une rage explosive… Est-il encore possible de réparer une âme brisée ?  

C’est à partir de ce solide terreau  narratif que Pierre Salvadori construit un film à multiples enjeux. Ce qui aurait pu être un drame sur la culpabilité et la rédemption est allègrement détourné pour en faire émerger un comique burlesque.  Imbroglios et quiproquos rythment cette fantaisie policière avec une liberté jubilatoire : le réalisateur s’autorise tout dans son huitième long-métrage, et fait exploser tous les carcans. Libres aussi sont d’une part les interprètes, qui s’en donnent à cœur joie avec un plaisir communicatif, d’autre part les personnages qui, après s’être embrouillés dans les mensonges, se libèrent de leur poids.

Les effets dévastateurs de ces derniers avaient déjà constitué le ressort de Hors de prix et surtout de …Comme elle respire, parmi les meilleures comédies de Pierre Salvadori. Le mensonge est omniprésent et en constante évolution dans En liberté ! : le mensonge de Santi envers Yvonne et l’autorité judiciaire, celui du fidèle ami amoureux en secret de la jeune femme, le mensonge d’Antoine à l’égard de son épouse, mise devant le fait accompli du déséquilibre de l’être qu’elle aime, sans oublier les arrangements avec la vérité orchestrés par Yvonne…

Ce film débridé nous embarque dans son délire loufoque et joue avec tous les codes de la comédie. Récit dans le récit, rupture de tons, jeu de masques et comique de situation, cette petite merveille d’inventivité oscille entre l’absurde et le vaudeville.  Au sein d’une intrigue  en perpétuel mouvement, certaines scènes sont volontairement rocambolesques, d’autres pleinement fantaisistes et toujours les dialogues fusent, riches de répliques savoureuses. Avec finesse et poésie, Pierre Salvadori apporte la touche romantique dont il a le secret et réussit à ponctuer cette œuvre si bien écrite de moments émouvants, portant toujours un regard tendre sur les êtres paumés.

Laissez-vous entrainer dans ce tourbillon irrésistible – en liberté, totalement.

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